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Nudité et chirurgie plastique

 

Sofcep

La Société Française des Chirurgiens Esthétiques Plasticiens (SOFCEP) vient de publier l'ouvrage "Chirurgiens dans un monde qui opère l'image". Recueil d'artistes, de philosophes, de médecins, de politiques...sur notre société et notre rapport au corps et à l'image. Voici un extrait d'une Interview d'Idan Wizen parlant du projet Un Anonyme Nu Dans Le Salon.

 

 

 

 

 

 

 

Se montrer, s’accepter ? Un anonyme nu dans le salon

Photographier des anonymes nus. L’initiative fait immédiatement penser aux grands happenings organisés par l’américain Spencer Tunick : des foules en tenue d’Adam et Eve s’offrant à l’objectif de l’artiste. Mais la démarche d’Idan Wizen, jeune photographe de 26 ans s’inscrit dans un autre registre. Ses « anonymes », loin de se fondre dans une masse humaine qui les dissout, qui les rend tous semblables, se révèlent au contraire, dévoilent leur unicité en posant dans le costume le plus naturel et le plus difficile à porter. Anonymes ? Non, inconnus, qui ne sont pas en quête de gloire ou de célébrité, mais en quête d’eux-mêmes dans une démarche esthétique et personnelle partagée avec l’artiste-photographe.

 

Genèse d’un projet

Avril 2009. L’envie de créer, de proposer une œuvre à mi-chemin entre l’art et la publicité fait son chemin.  Idan Wizen lance son projet « Un anonyme nu dans le salon ». L’idée : photographier des inconnus dans leur plus simple appareil. « Il n’y a pas de casting, pas de critères de sélection. Tout le monde peut venir, jeunes, vieux, grands, petits, fluets ou musclés, gros ou maigres, tatoués, scarifiés… » Tous ceux qui veulent se faire photographier  peuvent contacter l’artiste. Seule contrainte, qu’ils acceptent le contrat : des photos dénudées, qui ne dissimulent ni le visage, ni le regard. Une seule, la meilleure, sera conservée et sera tirée en huit exemplaires originaux. Elle pourra être présentée lors d’expositions, vendue à des amateurs désireux d’exposer « un anonyme nu dans leur salon » et diffusée sur le net. Si les débuts furent laborieux le bouche-à-oreille fonctionne désormais bien. Les candidats ne manquent pas. Certains viennent même de l’étranger… A ce jour, plus de cent-cinquante portraits ont été réalisés. Idan Wizen souhaite poursuivre l’expérience pour réunir un véritable book, multiethnique, qui résume, soyons modeste, l’humanité… Ni lassitude, ni répétitivité dans ce travail ? « Même si les poses sont parfois très proches chaque modèle dit sa propre vérité, chaque photo est unique » certifie l’artiste. « On est tous semblables et tous différents… Ce projet se veut universel. Pour mieux lutter contre l’uniformisation des critères esthétiques. »

L’artiste, un éveilleur

Je me suis toujours demandé comment évoluaient les mentalités, par quels mécanismes les représentations du monde se transformaient, confie Wizen. Pourquoi à une époque une idée n’est pas socialement acceptable alors que, quelques décennies plus tard, elle est pour tous une évidence. Prenons l’exemple du vote des femmes : c’est un principe irréfragable aujourd’hui mais un siècle plus tôt, il a fait l’objet de controverses violentes. » Chercher à comprendre les ressorts de cet « inconscient collectif » c’est aussi étudier les moyens de modifier ce dernier. Parce qu’il manie l’image, ce fils de pub (il est titulaire d’un master de Sup de Pub, Paris, et diplômé de l’Université d’arts de Londres) a donc choisi l’image pour opérer, à sa manière, le regard que nous portons sur le monde, et participer ainsi, à changer les mentalités. « L’art peut bouleverser votre façon de voir plus puissamment qu’un discours politique ou un essai, affirme-t-il. Une opinion, si on y est opposé, tous les arguments du monde, même les plus affutés, ne vous en feront  pas changer. L’image en revanche touche la sensibilité, l’inconscient. Les publicitaires l’ont bien compris : ils créent des images et des identifications inconscientes pour mieux conquérir leur public… On appelle ça un bénéfice émotionnel. »

 

Dépouiller pour enrichir

Un des premiers étonnements de Wizen est le regard ambivalent que nous portons sur notre corps, objet de toutes nos attentions dans une société de l’apparence, mais objet également d’insatisfaction, de complexes…  « Aujourd’hui les jeunes ont pour référence des tops modèles, qui  non seulement sont belles par nature, mais dont les photos sont retouchées et embellies. » Le corps, le vrai, avec ses défauts, est comparé à ces corps parfaits, idéalisés, irréels…  Même celui qui sait que ces photos sont retravaillées  est inconsciemment amené à les prendre pour référentiel. Miroir de cette ambivalence par rapport au corps : l’ambiguïté de la nudité dans notre société. « Il suffit de se poster pendant  un quart d’heure près d’un kiosque à journaux, qui exhibe des photos de femmes lascives et aguicheuses en couverture de revues porno, pour voir passer une femme voilée, dissimulant sa chevelure perçue comme un inacceptable appât. Comment s’articulent dans notre monde, une relation pornographique, exhibitionniste de la nudité et une pudeur exacerbée ? »

C’est donc sur le corps vrai, montré dans son plus simple appareil, qu’Idan Wizen a voulu travailler. Et c’est ainsi qu’est né le projet « un anonyme nu dans le salon ». Ce projet met en avant un troisième questionnement : sur quoi se fonde l’attirance. Pas l’attirance sexuelle, mais l’attirance de deux êtres. Pourquoi, trouve-t-on du charme  à telle femme, pourquoi ce vieillard nous semble beau, pourquoi cette personne nous paraît sympathique ? Qu’est-ce qui dans son corps, dans son regard, nous captive ? Car là est bien l’originalité du travail de Wizen. Il ne photographie pas des nus, il photographie des personnes. Pas de visages enfouis dans la chevelure, pas de têtes montrées de dos… Le regard est là, qui se dit, qui s’exprime. Et qui s’exprime d’autant plus intensément sans doute que le corps est dévêtu.  Par le dévoilement du corps, privé des oripeaux qui le « dénaturent », Wizen cherche la réalité profonde de celui ou celle qui est en face de lui. Il brise la carapace d’apparences dont chacun de nous se revêt. Apparences vestimentaires, mais aussi gestuelles, attitudes, mimiques…  Au bout de deux heures, deux heures trente, après de longues discussions par lesquelles il a cherché à approcher son modèle, de pose en posture, émergent peu à peu l’expression juste, le geste authentique, le regard libéré. « Quand on est nu, on ne peut pas jouer la comédie, affirme l’artiste… On se livre. On est obligé d’être dans la confiance… La personne se déshabille pour ensuite être habillée de lumière. » « Les gens qui regardent mes photos dans les expositions s’attardent sur les visages. Ils ne vont jamais regarder cela comme une photo porno. Ils sont captés par les expressions. »  Des expressions qui se révèlent naturelles, souriantes, attirantes mais hors des codes sexuels (aguichant, accrocheur…).

 

Ordalie ou thérapie

Et le modèle dans tout cela ? Certains artistes photographes aiment à insister sur le bienfait des clichés qu’ils proposent. En se voyant magnifiés par l’objectif, les modèles sont enfin capables de se trouver beaux, de s’aimer, d’accepter leur corps et ses défauts. Cette « photothérapie » viserait à aider chacun, en assumant le regard bienveillant du photographe, à adopter ce même regard lorsqu’il se mire dans la glace. « Bien sûr pour réaliser ces photos, il faut que s’instaure une confiance. Avant le shooting, on parle. Il y a un petit côté psychanalyse. Les gens me révèlent souvent des secrets très intimes. Ils se dévoilent. Mais je n’accorde pas à ces

entretiens une vertu thérapeutique. Je ne suis pas thérapeute », préfère avouer avec humilité Wizen.  Je ne vois la plupart de mes modèles qu’une seule fois et ne suis pas en mesure de savoir ce que cela a libéré en eux. Certains m’écrivent. Il semble clair que le passage devant l’objectif a changé quelque chose pour eux. Un peu comme lorsqu’on décide de sauter en parachute. Avant le saut, on est pétrifié par l’angoisse. Après le saut, on ressent une jubilation. On a su relever le défi, on est fier de soi. Mes modèles étaient arrivés inquiets, ils ressortent avec une sensation de légèreté… Beaucoup d’entre eux montrent la photo à leurs proches. Ils sont fiers de dire : “regardez, j’ai vaincu ma pudeur, j’ai vaincu la pression sociétale et j’assume”. »

 

Surcharger pour dévoiler le vide

Si la nudité dévoile, Idan Wizen s’attaque, en parallèle, à un autre projet, qui là encore, met en lumière le rôle d’éveilleur de l’artiste. A venir,  la série Just buy it  en référence à une marque célèbre, se voudra une réflexion sur la société de consommation, la société de l’excès, où le trop plein de marchandises étouffe la vie et paralyse la réflexion. L’excès crée la vacuité. « Ce sera une mise en scène parodique de notre société avec par exemple une photo où l’on voit un bras de femme qui émerge d’une pile de chaussures  ou encore une dizaine de femmes qui s’entretuent pour un escarpin… »

 

Le mystère du regard


C’est un des hommes photographiés qui le dit : le corps nu magnifie le regard. Est-ce parce que l’on est dépouillé de ses vêtements, qu’une certaine forme de pudeur, amène à détourner le regard du corps de l’autre pour ne contempler que son visage. Le même phénomène s’observe dans les milieux naturistes où le simple fait de se promener dans son plus simple appareil conduit les pratiquants à ne voir dans la personne qu’ils croisent que les yeux. Paradoxe de la nudité : une silhouette court-vêtue appelle l’œil à la déshabiller, un corps nu appelle au contraire à croiser le regard de l’autre pour découvrir son intériorité. C’est d’ailleurs par le regard, que l’on entre dans le site d’Idan Wizen. Les premières photographies présentées ne montrent que des visages. Des visages qui s’expriment. Ce n’est qu’en visitant le site plus avant que l’on découvre que ces visages sont un recadrage d’une photo d’un nu de plain-pied...

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